Un film et une série sur les NTM

Avec Suprêmes, Audrey Estrougo revient sur les premières années de NTM, de la fin des années 80 au début des années 90. Le film se concentre sur Kool Shen et JoeyStarr et raconte la naissance d’un groupe qui va rapidement dépasser le cadre du rap pour devenir l’une des voix les plus importantes de toute une génération.

L’intérêt du film est évidemment de retrouver cette période où le hip-hop français est encore en construction. Le graffiti, la danse, les DJ, les soirées et les premiers concerts forment un même univers. NTM vient de cette culture, de ces terrains et de cette banlieue parisienne où une génération cherche ses propres moyens d’expression.

Théo Christine et Sandor Funtek, dans les rôles de JoeyStarr et Kool Shen, sont convaincants. Leur relation constitue le véritable moteur du film, avec cette complémentarité entre les deux personnalités qui va permettre à NTM de trouver son identité.

En revanche, les personnages qui gravitent autour du duo sont parfois un peu trop caricaturaux. Certains semblent davantage construits pour servir le récit que pour restituer la complexité des personnes et du milieu qu’ils représentent. C’est dommage, car le contexte historique est suffisamment riche pour ne pas avoir besoin de forcer certains traits.

Autre choix qui peut interroger : la présence de Rachel Khan dans un film consacré à la banlieue et à l’émergence de NTM. Au regard des positions politiques qu’elle a publiquement défendues depuis, ce choix peut paraître pour le moins surprenant et mérite d’être questionné, particulièrement dans une œuvre qui cherche à restituer la parole et le contexte social d’une jeunesse des quartiers populaires.

Le film reste néanmoins intéressant pour son ambiance et pour ce qu’il donne à voir d’une époque. On retrouve cette énergie des débuts, lorsque le rap n’est pas encore une industrie et que tout se construit avec peu de moyens. Suprêmes montre bien le passage progressif de la rue à la scène, puis de la scène à une reconnaissance nationale.

Pour ceux qui ont connu cette période, certaines images feront forcément remonter des souvenirs. Pour les autres, le film permet de mesurer le chemin parcouru par le hip-hop français en quelques années. Là encore, il faut accepter la part de fiction et les libertés prises avec la réalité.

Suprêmes n’est donc pas un portrait définitif de NTM, mais une vision cinématographique de ses années fondatrices. Avec ses réussites, ses simplifications et quelques choix discutables, le film reste un témoignage intéressant sur le moment où le hip-hop français est passé de la culture underground à un phénomène majeur.

LE MONDE DE DEMAIN – La série TV

Avec Le Monde de demain, la série TV réalisée par Katell Quillévéré et Hélier Cisterne revient sur les années qui ont vu naître le hip-hop français. En suivant le parcours de Kool Shen et JoeyStarr, mais aussi celui de Dee Nasty, elle raconte surtout une époque où rap, DJing, danse et graffiti se construisaient encore ensemble.

Le personnage de Dee Nasty est particulièrement important dans cette lecture. Son parcours permet de comprendre comment le hip-hop venu de New York va être découvert, assimilé puis réinventé en France. En parallèle, l’histoire de NTM montre comment cette culture va progressivement passer des terrains, des rues et des soirées aux premières scènes professionnelles. On comprend surtout qu’à cette époque, rien n’est encore joué.

Le Smurf, le Trocadéro, Lionel D, les IZB, Nova, le Globo, le terrain de La Chapelle : tous ces noms et ces lieux parlent forcément aux lecteurs de Paris Tonkar. Ils constituent une partie de la géographie du hip-hop parisien des années 80, celle que l’on retrouve également dans les témoignages et les archives de Paris Tonkar et de Vandalisme, publiés chez Massot Éditions.

C’est d’ailleurs l’un des intérêts de la série : retrouver cette ambiance. La présence de véritables protagonistes de l’époque renforce cette impression et donne à la fiction une proximité assez étonnante avec ce que fut réellement cette période. Les vêtements, les radios, les soirées, le graffiti, les lieux de rendez-vous… tout participe à recréer une époque où une poignée de passionnés bricolait les bases d’une culture qui allait devenir mondiale.

La séquence chez Polydor est particulièrement réussie. On y voit le moment où cette culture née dans la rue commence à intéresser l’industrie musicale. Le contraste est intéressant : d’un côté les codes de la rue, de l’autre les bureaux d’une maison de disques qui découvre un phénomène encore difficile à cerner. Tout est là pour comprendre le changement qui va s’opérer.

Le graffiti, même s’il n’est pas au centre du récit, est présent comme il devait l’être à cette époque : naturellement. Il fait partie du décor mais surtout de l’écosystème. Les graffeurs, les danseurs, les DJ et les rappeurs se croisent, échangent et évoluent dans les mêmes lieux. C’est cette proximité entre les disciplines qui donne à la série une vraie saveur pour ceux qui ont connu les débuts du mouvement.

Bien sûr, Le Monde de demain reste une fiction et donc un point de vue sur cette histoire. Certains événements sont condensés, certains personnages sont utilisés pour les besoins du récit. Mais ce n’est finalement pas le plus important. Pour ceux qui étaient là dans les années 80, la série fera remonter des souvenirs, des lieux, des visages et des ambiances. Pour les autres, elle permet de comprendre à quel point tout s’est joué à peu de choses et comment cette génération a construit, presque sans le savoir, les fondations du hip-hop français actuel.

Le Monde de demain est donc autant une série sur NTM qu’un récit sur la naissance d’un mouvement. Une époque où il suffisait parfois d’une cassette, d’une bombe, d’une sono, d’un mur ou d’un rendez-vous au bon endroit pour que quelque chose commence.

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