Un writer actif de la scène graffiti des premières années… Exper // TNW // TBA // DBB // DSC

Te rappelles-tu le jour où tu as vu tes premiers tags ?
J’ai connu mes premiers graffitis sur la ligne B vers 1984-85, en me rendant avec mon père à Paris pour faire des courses. Nous étions dans le wagon de tête qui était tagué de partout par des types comme Keno B, Jeck, etc. Je ne me rappelle plus des autres. C’était impressionnant, je ne connaissais pas la raison de ces écrits.
Il me semble que plus tard tu te retrouves dans un lycée où plusieurs personnes taguaient. Peux-tu nous en parler ?
C’est vrai, j’étais au lycée à Saint Denis : c’était Hip-Hop et graffiti à fond ! Il y avait plein de tagueurs dans le lycée : Fame, Daen, Exeo, Joan, Swick des CFK, First et plein d’autres… C’était une sacrée émulation, les plus aguerris ramenaient des books avec plein de photos qu’on regardait pendant la récréation. À ce moment, je me suis réellement lancé. Dans un premier temps, j’ai tagué sous le pseudo de Asko mais j’avais appris qu’il en existait un à Paris donc j’ai arrêté rapidement.
Qu’est-ce qui te pousse à t’y mettre à fond ?
Une nouvelle rencontre dans mon quartier à la plaine Saint-Denis, avec un mec qui avait déménagé de Paris : il avait tagué partout à la Plaine, sous le pseudo de Seek. J’ai vite fait sa connaissance. Ensemble, on s’est mis à traîner à Paris puis, un soir, on s’est retrouvé chez un gars qui habitait porte de Saint-Ouen. Chez ce gars (Désolé pour lui, j’ai oublié son nom), je recherchais un nom qui tape pour me remettre dans le tag. Au même moment, je feuilletais un magazine informatique et je tombe sur une pub avec un logo « Expert » : je décide que mon nouveau pseudo sera Exper mais sans le T, trop long. S’en est suivie une longue errance de tags plus ou moins seul : j’avoue que j’étais très solitaire à l’époque et me mêlait très peu aux autres. Vers 1988, je traînais beaucoup dans Paris intra-muros et je me suis rendu assez souvent au terrain de Stalingrad où j’ai fait énormément de rencontres. J’ai rencontré des gars de partout et je me suis lié d’amitié avec certains. J’ai fait un bout de chemin avec eux.
Ensuite, tu rejoins un crew composé de gars de ton quartier. Comment cela se passe pour toi ?
Finalement, je reviens dans ma ville et je rejoins le groupe de Daen, qui s’appelait « Da Bad Boys ».C’était marrant, aucune once de méchanceté, juste un « kiff » de potes de quartier et, plus tard, Mao nous a rejoint avec son groupe les TCP. On avait bien cartonné avec ce groupe. Puis j’ai rencontré Acre à Saint-Denis et j’ai intégré les TBA, groupe situé principalement à Villeneuve-la-Garenne mais qui cartonnait partout. Avec les TBA, on commençait à déchirer chacun de notre côté, surtout Kiser. Vers la fin des années 80, je continuais mon parcours et je me suis associé au DSC avec Head, Sidj, Dune et Joe. J : on s’est mis à déchirer les lignes de chemin de fer avec méthode ! Chaque week-end, on choisissait une ligne à faire, c’était excitant. Vers le début des années 90, j’ai rencontré Marko et, avec ce dernier, on s’est spécialisé sur des productions plus construites et en couleur. On est parvenu à dénicher des petits plans rémunérés. Nous avons été rejoints plus tard par Zenoy, Lemk, Scan et Twice. Pour ma part, je continuais à gambader seul et je me rendais souvent en Europe, aux Etats-unis pour peindre avec plein de mecs différents : c’était la meilleure période de ma carrière de graffeurs, j’ai été superbement reçu partout où je passais. En parallèle, je peignais également beaucoup avec Seyb, c’est surtout grâce à lui que j’ai connu le secteur du XIXe et une partie de Montreuil. D’ailleurs, on a créé ensemble le groupe TNW qui n’a duré que le temps où j’étais actif.
Peux-tu nous parler des TBA ?
C’est mon premier groupe avec une envergure régionale : The Black Angels ! Il se composait de Acre, Kiser, Swed, Honk, Wolf, c’était une création de Acre et Kiser.
Il n’existe plus en tant que groupe actif et l’on a perdu certains membres, d’autres sont devenus des potes. On s’appelle souvent pour se donner des nouvelles.
Revenons à tes débuts… Peux-tu nous préciser quand et où tu as commencé le tag puis le graff ?
Le tag, c’est vers 1985-86. J’ai commencé réellement à me lancer dans le graff, vers 1988, en compagnie de Sturdy : c’était sur la ligne B du côté du Bourget, il avait fait son graff et le mien, un mec super sympa. Ensuite j’ai continué tout seul et d’autre gars ont été mes profs, mes modèles et mes acolytes. Je me suis fait connaître en grande partie par les blocs que je lâchais le long des lignes de chemin de fer. Mon premier tag c’était, je m’en rappelle bien, sur des barrières de sécurité à côté de chez moi.
As-tu peint des métros ou des trains ?
J’avoue qu’au niveau métro, je n’en ai pas fait des masses, juste en tag sur la ligne 13 et le RER B, peut-être d’autres mais je ne m’en rappelle pas.
Quel est selon toi le premier tagueur dans ta ville ?
Sans contestation, au niveau graff à l’époque, c’était Acide AOT et pour les tags, AOT et 93 MC. Au niveau du secteur Nord, il y avait Leo2 et Joan qui déchiraient bien.
Quels étaient les endroits où toi tu as peint ?
Il y avait le terrain de Garibaldi à Saint-Ouen, qui est resté pour moi l’un des meilleurs spots. J’y ai passé des moments marquants avec Zenoy et Sandrine, Lemk, Marko, Acre et Seyb, avec des journées barbecue et peinture.
Est-ce que tu vis du graffiti art ?
Non, j’ai arrêté le graffiti actif, il y a environ huit ans. J’ai été déçu des rumeurs, des langues de putes. J’ai recentré mon énergie sur ma famille et je ne peins qu’avec des mecs que j’apprécie en tant qu’amis.
As-tu envie d’évoquer un bon souvenir pour finir notre discussion ?
Contrairement à d’autres, je ne vais pas te balancer une anecdote avec course-poursuite ou arrestation mouvementée mais plutôt une boutade qui a donné un tournant monumental à ma vie. Vers 1994-95, je descendais souvent à Montpellier pour rejoindre Dech, un pote qui était originaire de Saint-Denis, et s’était installé dans cette ville. En sa compagnie, j’ai fait la rencontre de plein de graffeurs de cette ville et des alentours : on faisait des pièces sur le secteur. Un matin, j’étais attablé à une terrasse de brasserie avec les membres du groupe ISK, Azy, Ema et d’autres gars. À un moment, Azy aperçoit des Maghrébins âgés d’environ 40 ans, complètement ivres à cette heure matinale. Il se tourne vers moi, en riant, et me dit : « Exper, tu vas finir comme eux ! »… Tout le monde explose de rire. Cela m’a déstabilisé et blessé. Dans le train qui me ramenait à Paris, je n’ai cessé de me dire que c’était ça l’image que je dégageais et je me suis juré de montrer ce dont j’étais capable. À Paris, j’ai arrêté la vie précaire que je menais et je suis retourné à la fac. J’ai passé plusieurs capacités et je me suis complètement déconnecté du mouvement graffiti pendant plusieurs années. Cette expérience vexante, à certains égards, a été salutaire car, à ce jour, j’ai un poste à responsabilité, avec une vie correcte.
Photographie : Exper et Nicolas Beausseron
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Vandalisme /// 27 € /// 160 pages, 21×24 cm.
